Samedi 9 février 2008
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22:32
Les transports ne sont pas toujours attrayants ...
Il y avait beaucoup de monde dans le réseau express régional vers six heures du soir …
Au milieu du wagon bondé je revenais de Roissy. Non que je sois un grand voyageur, mais les obligations du travail voulaient que j’aie pris le RER de
16h48. Il avait commencé par filer comme à l’habitude, puis aux abords du Stade de France, il commença à avoir une démarche inquiétante. Un peu comme une personne sous hallucinogène. Il avançait
par à-coups. Reprenait une allure digne d’intérêt. Se bloquait. Je m’attendais à le voir repartir dans l’autre sens. Il réussit à parcourir les derniers mètres en plus de 12 minutes, ce qui
relevait de l’exploit. Les portes s’ouvrirent et, avec elle l’enfer. Une foule colossale s’engouffra dans la rame. Des cris s’élevaient. Des femmes dans un état intéressant réclamaient à corps et à
cris que l’on céda sa place. C’eût été un spectacle hautement passionnant si je n’avais senti l’approche de ce quelque chose, ce presque rien, provoqué par cet enfermement. Une sorte d’irraison qui
vous prend et qui vous laisse pantelant, voire même totalement inconscient si ce n’est cette sueur terrifiante qui entrave vos vêtements. C’est vrai, depuis quelques années je n’arrive plus à me
sentir heureux d’être près de ces gens dont j’ai voulu le contact. Non que je sois devenu insensible à la présence humaine. Bien au contraire. Cette promiscuité non souhaitée me met dans un état
second que je n’arrive à contrôler. Etat qui n’a rien à voir avec une quelconque peur. Rien de tout cela. Une impression de devenir soudain le zombi. Le ZOMBI ! Celui dont on a peur alors
qu’il est lui-même au plus mal. En tout cas c’est ce que je lus dans des livres-études hautement élaborés.
Il y avait beaucoup de monde dans le réseau express régional vers six heures du soir …
Au milieu du wagon bondé je revenais de Roissy. Non que je sois un grand voyageur, mais les obligations du travail voulaient que j’aie pris le RER de
16h48. Il avait commencé par filer comme à l’habitude, puis aux abords du Stade de France, il commença à avoir une démarche inquiétante. Un peu comme une personne sous hallucinogène. Il avançait
par à-coups. Reprenait une allure digne d’intérêt. Se bloquait. Je m’attendais à le voir repartir dans l’autre sens. Il réussit à parcourir les derniers mètres en plus de 12 minutes, ce qui
relevait de l’exploit. Les portes s’ouvrirent et, avec elle l’enfer. Une foule colossale s’engouffra dans la rame. Des cris s’élevaient. Des femmes dans un état intéressant réclamaient à corps et à
cris que l’on céda sa place. C’eût été un spectacle hautement passionnant si je n’avais senti l’approche de ce quelque chose, ce presque rien, provoqué par cet enfermement. Une sorte d’irraison qui
vous prend et qui vous laisse pantelant, voire même totalement inconscient si ce n’est cette sueur terrifiante qui entrave vos vêtements. C’est vrai, depuis quelques années je n’arrive plus à me
sentir heureux d’être près de ces gens dont j’ai voulu le contact. Non que je sois devenu insensible à la présence humaine. Bien au contraire. Cette promiscuité non souhaitée me met dans un état
second que je n’arrive à contrôler. Etat qui n’a rien à voir avec une quelconque peur. Rien de tout cela. Une impression de devenir soudain le zombi. Le ZOMBI ! Celui dont on a peur alors
qu’il est lui-même au plus mal. En tout cas c’est ce que je lus dans des livres-études hautement élaborés.
Et puis …
-
Pousse-toi, merde.
-
Enfoi…
-
Répète !
Les coups se mirent à voler.
-
Ah, la paix, c’est suffisamment emmer… comme ça sans avoir à se battre.
L’échauffourée s’arrêta aussi soudainement qu’elle s’était enflammée.
Collés les uns aux autres, les voyageurs de l’impossible veillaient le quai, les yeux hagards. Celui-ci restait immuablement collé au RER. Pas un
souffle. Aucun vrombissement laissant présager de la bonne continuation du voyage.
Les minutes se succédaient.
J’avais desserré ma cravate qui m’anéantissait la gorge. Depuis ce matin ! Six heures ! Et après cette maudite Gare du Nord, je
repartais dans l’autre sens. Direction Pontoise. J’allais y laisser ma peau.
Le bruit qu’elle fit en touchant le sol m’enfonça encore plus dans mon angoisse. Je me voyais écrasé, piétiné par cette foule anonyme rêvant
de regagner son chez-soi. Impossible de bouger. Même un orteil. Et encore, j’avais réussi dès le départ à me caler sur un siège, coincé contre une vitre. Des fourmis. Des fourmis ! Un monde
étrange que je ne connaissais plus. Un cri.
-
Mais, il va quand même pas me dég… dessus ce conna…
-
Il est bien parti pour !
-
Hé ! remue-toi !
Je m’aperçus que j’étais l’objet de cette vindicte. J’étais incapable d’articuler le moindre son. Ce n’était pas mes intestins qui menaçaient. Mon
cœur ! Mon pauvre cœur chavirait.
Le coup de coude m’atteignit en plein foie. J’aurais voulu hurler. Elle me regardait avec ce sourire démoniaque que les bouchers adressent à leurs
quartiers de viande.
Les coups s’intensifièrent. Je m’aperçus que des cris s’élevaient de toute part. Puis un hurlement primitif.
-
Il a bougé, dit l’un.
-
Ouais, on décolle quand même !
Peu à peu, le RER s’enfonça dans l’aventure. Près d’une heure plus tard, la Gare du Nord était atteinte.
Figé, j’attendis que tous fussent partis. Je me levai en titubant, franchis la porte et … horreur, une foule monstrueuse noircissait les quais.
Des hauts parleurs les ordres contradictoires fusaient « quai 36 pour Roissy ! En sous-sol pour Argenteuil…. ». Une dynamique imprévue transportait la foule d’un quai à l’autre.
Tous se jetaient à travers les rails pour atteindre au plus vite l’espoir diffusé par un incompétent de service.
« La grève ! Ah la grève, mon bon monsieur, m’apostropha une charmante septuagénaire. Faut bien que ces gens se défendent,
hein ! »
Je la regardai, encore secoué de cette première moitié du voyage. Sans répondre, j’allai vers la sortie. Je pris ce plan de Paris qui ne me quitte
plus depuis une semaine. Sans entrain, je suivis le dédale des rues animées.
J’arriverais bien un jour…
Par socrate
-
Publié dans : Comment faire ... avec les transports
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